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Opinion

Réformes agricoles et sécurité alimentaire au Bénin Incertitude et inquiétudes à l’horizon




Lors du conseil des ministres du mercredi 30 novembre 2016, le gouvernement du Bénin a annoncé des mesures de réformes agricoles visant la "rationalisation du cadre institutionnel du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche". Parmi ces mesures figure la liquidation de l’Office National d’Appui à la Sécurité Alimentaire (ONASA) et l’Office National de Stabilisation et de Soutien des Prix des revenus agricoles (ONS). Deux structures dont la liquidation laisse planer une incertitude pour la sécurité alimentaire.

L’ONASA et l’ONS sont deux dispositifs complémentaires. Le premier est un instrument opérationnel de politique de sécurité alimentaire et nutritionnelle. Le second est destiné à la stabilisation des revenus pour les producteurs face aux fluctuations des prix sur le marché international.

Pendant que l’ONASA travaille à la régulation des stocks et à la stabilisation des prix des produits vivriers de grande consommation, l’ONS constitue un dispositif de résilience et de stabilisation des revenus des producteurs face aux chocs et fluctuations des prix sur le marché international.

Sans des rapports d’audit ou d’évaluation de performance, il est difficile de dire si les deux structures ont bien accompli leurs missions ou non ; et quelles réformes sont nécessaires pour améliorer la gouvernance de la sécurité alimentaire et renforcer la résilience des populations face aux crises.

Si la cohérence et la pertinence des mesures de réforme par rapport à la tendance fortement libérale du gouvernement actuel peuvent se comprendre, celles concernant l’ONASA et l’ONS rappellent malheureusement les erreurs et errements des premiers programmes d’ajustement structurel mis en œuvre dans les pays africains au cours des années 80 et 90.

La liquidation annoncée de ces deux offices d’Etat suscite de réelles inquiétudes pour la sécurité alimentaire et laissent entrevoir des risques de marchandisation voire de fragilisation de la résilience des populations face à d’éventuelle crise alimentaire.

A en croire le point de presse ayant sanctionné la fin des travaux du conseil des ministres du 30 novembre 2016, la vision du gouvernement est de "faire du secteur agricole, le principal levier de développement économique et de création de revenus et d’emplois". Il s’agit, a précisé le communiqué du Conseil des ministres, de "mettre en œuvre pour les 5 années à venir, un plan d’investissement massif afin de répondre à l’augmentation des besoins alimentaires et à l’accès aux marchés intérieurs et extérieurs".

Pour le gouvernement actuel du Bénin, la réalisation de ces objectifs nécessite une "amélioration significative de la performance du dispositif d’administration du secteur agricole et du système d’accompagnement des acteurs directs de filières agricoles et du secteur rural".

Dans ce cadre, a-t-on précisé, le Conseil a décidé de la création de sept (07) pôles de développement agricole, de sept (07) agences territoriales de développement agricole et de douze (12) directions départementales de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Les directions départementales représentent les nouvelles structures déconcentrées du Ministère de l’Agriculture, de l’Elevage et de la Pêche, en remplacement des anciennes que sont les CARDER.
Ces anciennes structures verront une partie de leurs attributions affectée aux agences territoriales de développement agricole. En tant qu’organe de gestion de pôle de développement agricole, l’agence a pour mission de "mettre en œuvre la politique agricole et d’initier les actions propres à promouvoir les filières porteuses spécifiques au Pôle".

Outre la liquidation de l’ONASA et de l’ONS, le Conseil a autorisé la liquidation de deux autres établissements à savoir, la Société Nationale de Promotion Agricole (SONAPRA) et la Centrale d’Achat des Intrants Agricoles (CAIA-SA).

A en croire les explications du Ministre d’Etat Secrétaire à la Présidence de la république, Monsieur Pascal Koukpaki, le gouvernement a fait l’option de recentrer l’Etat sur ses rôles régaliens et de mieux faire jouer au secteur privé son rôle dans le développement économique du Bénin.

Mais lorsqu’on analyse la décision de liquidation concernant l’ONASA et l’ONS (sans autres éclairages) on est tenté de se demander si la sécurité alimentaire ne relève pas du rôle régalien de l’Etat ? Si l’on se réfère aux orientations de base de la politique agricole commune de la CEDEAO (dont le Bénin est membre) la sécurité alimentaire a été érigée au rang de question de souveraineté nationale.

Si le souci de "cohérence, de rationalisation et d’efficacité optimale", évoqué par le gouvernement béninois (pour éviter une superposition fonctionnelle des nouvelles créations et des structures anciennes) se justifie pour des sociétés telles que la SONAPRA et la CAIA-SA, il est évident qu’en ce qui concerne l’ONASA et l’ONS, des interrogations persistent.

Peut-être, la rationalisation institutionnelle ainsi évoquée pourrait permettre au Bénin de finaliser enfin son dialogue national pour la formulation des priorités de résilience, dans le cadre de l’Alliance globale pour les initiatives de résilience au Sahel et en Afrique de l’Ouest (AGIR).

Le point focal de AGIR au Bénin est le Conseil pour l’alimentation et la nutrition (CAN), une structure dépendant de la Présidence de la république. Il est possible d’espérer, qu’en lieu et place de l’ONASA, le Secrétariat permanent de la CAN, dirigé par le Professeur Rock Mongbo, devienne le bras opérationnel de l’Etat béninois en matière de politique de sécurité alimentaire et nutritionnelle.

Il convient de saluer et d’encourager la volonté affichée du gouvernement d’investir massivement dans l’agriculture, conformément à l’engagement pris par les Chefs d’Etat africains de consacrer au moins 10% de leur budget à l’investissement dans l’agriculture. Volonté qui pourra s’illustrer par la contribution de l’Etat béninois au Fonds National de Développement Agricole (FNDA) confirmé comme l’un des principaux instruments de financement agricole.
Dossier à suivre. On y reviendra.

Abel Gbetoenonmon

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