lundi, 9 février 2026 -

873 visites en ce moment

LES BRICS DANS LA STRATÉGIE TURQUE 

Continuité ou changement de programme ?




La Turquie, bien que membre clé de l’OTAN et candidate de longue date à l’Union européenne, ne se limite pas à ses alliances occidentales. Son intérêt pour les BRICS, notamment manifesté lors du sommet de Kazan en octobre 2024, témoigne d’une stratégie de diversification des partenariats. Ce rapprochement avec les BRICS soulève des questions sur l’avenir de la politique étrangère turque : L’adhésion aux BRICS marquerait-elle une rupture avec le camp occidental ou s’agit-il plutôt d’une complémentarité ? Les autorités turques inclinent pour la deuxième raison. Examinons de près les BRICS et les récentes orientations de la diplomatie turque afin d’apporter une réponse nuancée à cette question.

Ozan Doğan Avunduk, analyste politique, expert de la Turquie.

BRICS : une plateforme aussi puissante que nébuleuse

Le groupe BRICS a été créé en 2009 pour réussir une meilleure coopération financière et de développement entre les pays émergents. Le mot « BRIC » est l’acronyme pour Brésil, Russie, Inde et Chine. La plateforme est devenue « BRICS » avec la participation de l’Afrique du Sud en 2010 et est communément appelée « BRICS+ » depuis l’adhésion de l’Arabie Saoudite, l’Iran, l’Éthiopie et les Émirats arabes unis en janvier 2024. Avec cette dernière vague d’élargissement, la population totale des BRICS+ a atteint 3,5 milliards d’habitants, soit 45 % de la population mondiale. La taille totale des économies des pays membres est de 28,5 billions de dollars. Cela correspond à environ 28 % de l’économie mondiale. Il importe de noter également que les pays du BRICS produisent également 44 % du pétrole brut mondial. En 2014, les BRICS ont créé un instrument au service d’une nouvelle dynamique économique mondiale, la Nouvelle banque de développement (NBD), dotée alors de 250 milliards de dollars. En amont de leur adhésion aux BRICS, les Émirats et l’Égypte sont devenus membres de la NBD dont l’objectif principal est le financement des projets d’infrastructure dans les pays en développement.

Réunis annuellement sous une présidence tournante, les BRICS forment un bloc économique dynamique où l’Inde et la Chine, grands consommateurs d’énergie, trouvent avec la Russie un fournisseur privilégié. Cependant, l’absence d’une structure institutionnelle solide en fait un ensemble au potentiel encore incertain. Les BRICS n’ont pas de secrétariat permanent, ni de traités contraignants entre leurs membres. En outre, l’hétérogénéité du groupe ne peut être ignorée. Alors que la Russie voit dans les BRICS un soutien pour contrer les sanctions occidentales qui pèsent sur son économie depuis l’invasion de l’Ukraine, d’autres membres comme l’Afrique du Sud et le Brésil évitent une confrontation directe avec l’Occident. Bref, les BRICS sont un groupe de pays en pleine ascension, mais leur cohésion et leur capacité à agir de manière unifiée restent à prouver.

Sommet de Kazan : remise en cause de l’ordre occidental ?
Au dernier sommet des BRICS, les délégations de 35 pays et de six organisations internationales se sont réunies pour échanger sur les questions mondiales et les perspectives d’élargissement des partenariats dans trois domaines principaux : la politique et la sécurité, le commerce et l’investissement, ainsi que les échanges culturels et humanitaires. Les États ont discuté des efforts conjoints possibles pour stimuler la croissance économique dans les États des BRICS et les pays du Sud. Dans ce cadre, par l’intermédiaire de la NBD, ils visent à mettre en œuvre de nouveaux projets communs dans les domaines de l’industrie, de l’énergie, de la logistique et de la haute technologie. Ils ont réaffirmé leur détermination à approfondir les partenariats dans le domaine financier en améliorant la communication interbancaire et en créant de mécanismes de paiement dans les monnaies nationales. La volonté d’établir un tel système pourrait être un défi majeur à l’hégémonie du dollar, monnaie au cœur du système financier international conférant aux États-Unis une influence considérable sur l’économie mondiale.

La Russie, qui préside actuellement les BRICS, a également invité au sommet les dirigeants des États qu’elle qualifie de « partenaires », y compris la Turquie. La déclaration de Kazan souligne l’opposition collective des BRICS à la pratique des sanctions « illégales ».
La Turquie, déjà marginalisée au sein des cercles occidentaux notamment depuis son achat des missiles russes antiaériens S-400, semble s’éloigner de ses partenaires traditionnels. Toutefois, les apparences peuvent être trompeuses.

La Turquie d’Erdoğan en 2024 : entre marasme économique et équilibres diplomatiques fragiles
La Turquie affirme depuis des années sa volonté d’intégrer les BRICS pour équilibrer ses relations internationales. Les propos du président Afrique du Sud de la MÜSİAD, association patronale islamoconservatrice proche du gouvernement, en témoignent : « Les pays tels que la Chine et l’Inde, grâce à leurs fortes populations et leurs efforts sur le plan économique, tentent de briser le monopole des pays occidentaux. Les BRICS prévoient de mettre sur pied un nouveau système financier à l’horizon 2025, ce qui leur permettra non seulement de mieux se soutenir, mais aussi et surtout de trouver des alternatives aux structures financières mondiales, notamment le FMI et la Banque mondiale. (…) La Turquie, bien que non membre des BRICS, a été conviée au sommet avec le statut d’invité spécial. Cette invitation est une grosse opportunité en vue de développer l’économie turque. La coopération économique et la lutte contre le terrorisme seront au menu des échanges tête-à-tête entre le président Erdoğan et les leaders des BRICS (…) le pouvoir économique des BRICS sera supérieur à celui des nations occidentales d’ici 2030. »

La Turquie, sous la direction d’Erdoğan et du parti de la justice et du développement (AKP) au pouvoir depuis 2002, est coutumière de revirements diplomatiques. On note les efforts de réconciliation du président Erdoğan avec d’anciens adversaires : le prince saoudien Mohammed ben Salmane, le président émirati Mohammed bin Zayed Al Nahyane et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi. Alors qu’il avait porté des accusations très dures contre ces dirigeants depuis 2013, Erdoğan avait entrepris des visites officielles à Riyad, Dubaï et au Caire, marquant ainsi un tournant dans ses relations avec ces pays. Parallèlement, son désir d’intégrer la Turquie aux BRICS, un bloc économique réunissant ces anciens adversaires, témoigne d’un pivot stratégique turc au Moyen-Orient.

Toutefois, les déclarations gouvernementales demeurent souvent équivoques. D’une part, en participant au sommet des BRICS et en demandant à en devenir membre, le gouvernement turc montre qu’il est à la recherche de nouvelles alliances, tandis que d’autre part, il répète à plusieurs reprises que cela ne signifie pas quitter l’OTAN. La Turquie insiste sur le fait que sa collaboration avec les BRICS s’ajoute à son partenariat douanier avec l’UE, sans le substituer.

Le discours d’Erdoğan prononcé seulement quatre jours après le sommet de Kazan, illustre la direction que prend la Turquie : « Nous renforçons notre coopération avec l’Allemagne d’une manière qui sied à deux amis de longue date et alliés de l’OTAN. Notre objectif est d’atteindre 60 milliards de dollars dans les échanges bilatéraux, qui s’élèvent actuellement à 50 millions de dollars (…) Les relations croissantes de la Turquie avec les BRICS ne sont en aucun cas une alternative à ses engagements existants. La Turquie participe à toutes ces plateformes en tant que pays allié de l’OTAN et menant des négociations en vue d’une adhésion à part entière à l’UE ». Le chef de l’État turc continue donc à donner la priorité à la coopération avec l’Occident.

De toute manière, depuis septembre 2024, Moscou tempère les attentes sur l’adhésion de la Turquie aux BRICS. L’organisation a besoin de consolider l’intégration des nouveaux membres accueillis en janvier 2024. Plutôt qu’une adhésion immédiate, un « statut de partenariat » a été proposé à la Turquie et aux autres pays candidats, témoignant d’une approche plus graduelle.

Conclusion
La volonté d’adhésion de la Turquie aux BRICS répond avant tout à une volonté d’éviter l’isolement sur la scène internationale. Les liens historiques, économiques et institutionnels étroits de la Turquie avec l’Europe, notamment avec l’UE, son premier partenaire commercial, et le Conseil de l’Europe dont elle est membre fondateur, créent une interdépendance complexe difficile à rompre.
Face à une situation économique délicate marquée par l’hyperinflation, la Turquie est visiblement à la recherche de nouvelles pistes pour stimuler sa croissance et accéder à de nouvelles sources de financement. L’intégration aux BRICS et à la Nouvelle banque de développement pourrait ouvrir de nouveaux horizons à la Turquie. La matérialisation des opportunités offertes par les BRICS dépendra également de la capacité du groupe à se structurer en une organisation formelle véritablement efficace proposant une alternative crédible aux institutions financières internationales existantes.

www.24haubenin.bj ; L'information en temps réel

Abonnez-vous à la chaîne WhatsApp officielle de 24h au Bénin, en cliquant ici, pour suivre les infos.

18 novembre 2024 par Akpédjé Ayosso




L’UA doit se réformer pour devenir une institution dont l’Afrique a besoin


7 février 2026 par Akpédjé Ayosso
Dans un commentaire publié en ligne, un internaute a posé une question (…)
Lire la suite

Venezuela : Trump a décapité un modèle épuisé


7 février 2026 par Akpédjé Ayosso, Ignace B. Fanou
Lorsque les États-Unis, à l’aube du 3 janvier 2026, lancent l’opération (…)
Lire la suite

Nasser Bourita appelle à un "pacte de loyauté" entre les partenaires


4 février 2026 par Ignace B. Fanou
Une réunion ministérielle sur les minéraux critiques à été organisée à (…)
Lire la suite

La WCF mobilise les leaders mondiaux du cacao à Amsterdam en février


30 janvier 2026 par Akpédjé Ayosso, Ignace B. Fanou
La World Cocoa Foundation organise les 17 et 18 février 2026, à (…)
Lire la suite

Un webinaire le 9 février pour découvrir les enjeux du FSM 2026


29 janvier 2026 par Ignace B. Fanou, Marc Mensah
A l’approche du Forum social mondial (FSM) 2026, qui se tiendra en août (…)
Lire la suite

Les grandes religions du Sri Lanka s’unissent autour de l’éducation à (…)


29 janvier 2026 par Akpédjé Ayosso, Ignace B. Fanou
Un événement intitulé « L’éducation à la paix à la lumière des (…)
Lire la suite

Mark Cables annonce un projet de centrale de 200 MW au Burkina Faso


27 janvier 2026 par Akpédjé Ayosso
Le groupe international Mark Cables FZE, basé aux Émirats Arabes Unis (…)
Lire la suite

Le Sénégal réaffirme son soutien “constant et ferme” à l’intégrité (…)


26 janvier 2026 par Ignace B. Fanou
La République du Sénégal a réitéré, lundi à Rabat, son soutien ferme et (…)
Lire la suite

SM le Roi Mohammed VI réaffirme la fraternité du Royaume avec les pays (…)


22 janvier 2026 par Ignace B. Fanou
A l’issue de la 35ème édition de la Coupe d’Afrique des Nations, (…)
Lire la suite

Cartographie des exportations chinoises : secteurs dominants, pays « hubs »


20 janvier 2026 par Judicaël ZOHOUN
Pour comprendre la relation sino-africaine, il faut regarder ce qui (…)
Lire la suite

Discrimination religieuse et droits de l’homme en Corée du Sud


20 janvier 2026 par Judicaël ZOHOUN
Le 12 janvier, le président sud-coréen Lee Jae Myung a publiquement (…)
Lire la suite

«  Je ne sais pas ce qu’elle deviendra. C’est une fille  »


20 janvier 2026 par Judicaël ZOHOUN
Les récits de femmes dans certains des coins les plus reculés du monde (…)
Lire la suite

Niger : Rosatom attend toujours son uranium


15 janvier 2026 par Judicaël ZOHOUN
Après des semaines d’immobilisation à Niamey, du convoi du yellow cake (…)
Lire la suite

La culture comme langage de puissance : les Maisons russes à l’épreuve (…)


15 janvier 2026 par Judicaël ZOHOUN
Longtemps perçues comme de simples relais de coopération culturelle, (…)
Lire la suite

Le Maroc élu à la présidence du Forum nord-africain de l’Internet


14 janvier 2026 par Ignace B. Fanou, Marc Mensah
Le Maroc renforce sa visibilité sur la scène numérique régionale et (…)
Lire la suite

Les Béninois soumis aux cautions de visa USA


8 janvier 2026 par Akpédjé Ayosso, Ignace B. Fanou
``Le Bénin figure désormais sur la liste des pays dont les (…)
Lire la suite

Le Bénin accorde la nationalité à 10 Afro-descendants


28 décembre 2025 par Marc Mensah
Dix Afro-descendants ont officiellement rejoint la communauté nationale (…)
Lire la suite

Les « petites mains » d’Alabuga : comment la Russie recrute des jeunes (…)


23 décembre 2025 par Judicaël ZOHOUN
. Derrière la guerre des drones menée par la Russie en Ukraine se (…)
Lire la suite


-->


Derniers articles



Autres vidéos





Les plus populaires