lundi, 22 avril 2024 -

1426 visiteurs en ce moment

Ecole Primaire Publique d’Atohoué

Une école pas comme les autres au Bénin

Par Cokou Romain COKOU




Les maux dont souffre l’école sinon le système éducatif béninois sont nombreux et multiformes. Loin de tous les regards curieux, dans les champs quelque part dans l’arrondissement d’Aplahoué, se trouve une école primaire publique toute particulière qui semble être la résultante de tous les handicaps de l’école béninoise. L’école primaire publique d’Atohoué, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, fait partie des écoles primaires béninoises qui tant bien que mal tiennent le coup des tristes réalités d’un système qui peine à retrouver ses lettres de noblesse.

Trois cabanes en guise de salles de classe, une cabane servant de direction, un hangar comme cantine scolaire et le plus luxueux, une baraque en feuille de tôle magasin des vivres pour le compte de la cantine scolaire. Voilà en quoi se résume l’école primaire publique d’Atohoué, située à près de 20 kilomètres du tribunal de première instance d’Aplahoué, loin de tous les regards et dans les champs. Elle reste la concentration de presque tous les maux de l’école béninoise avec des acteurs aussi particuliers les uns comme les autres. Il sonnait 8heures 40 minutes quand notre équipe fit son entrée dans cette école aussi particulière que rocambolesque. En effet, située à peine à deux kilomètres environ des rives du fleuve Mono dans la partie béninoise, cette école primaire publique semble être la plus éloignée des grandes agglomérations du côté gauche de la route nationale inter-états N°4 (RNIE4), en quittant le centre-ville d’Aplahoué pour la frontière Bénino-Togolaise à Tohoun. Pour y accéder, c’est la croix et la bannière. Il n’y a pas de saison favorable. En temps pluvieux comme en sécheresse, il faut être gymnaste professionnel pour se rendre à l’école primaire publique d’Atohoué. Pourtant, elle vit et de nombreuses âmes y vont pour acquérir la connaissance. ‘’Notre école est créée en 2008 par le sieur Jacob Adjahossou. Elle a déjà connu la succession de quatre (04) directeurs mais pauvre en infrastructures scolaires, seulement trois (03) cabanes qui abritent ses cinq (05) groupes pédagogiques et un hangar de trois mètres carrés coiffé de tôles et entouré des claies et branches de palme servant de direction. Ce n’est que tout récemment qu’une famille de la localité nous a donné des feuilles de tôle pour construire le magasin pour le stockage des vivres pour la cantine scolaire’’, a narré l’actuel directeur de cette école. Malgré ses 11 années, l’école primaire publique d’Atohoué est privée du minimum : pas d’eau, pas d’électricité, pas de toilettes, offrant à ses usagers et apprenants une vie d’enfer. L’éducation de qualité y demeure un luxe.

Une école aux mille et un problèmes...
Très tôt la déception s’est emparée des parents qui ont salué la création de cette école à cause de la qualité peu satisfaisante des services qu’offre ce lieu de savoir aux bénéficiaires. ‘’Je me suis encore résolu à ramener les enfants au village à cause de l’état et du mauvais fonctionnement de cette école. Je suis simplement déçu », a insisté le parent d’élève Balo N’Towoussi, qui se plaint des balades incessantes et inutiles de ses enfants sur les sentiers de l’école. ‘’La régularité des enseignants laisse à désirer dans cette école. C’est rare fois que les enfants travaillent dans cette école du lundi au vendredi à cause de l’absentéisme des enseignants. Même si l’actuel directeur fait des efforts. Nos cabanes sont très distantes de l’école et quand les enfants s’y rendent une ou deux jours sans voir les enseignants, eux-mêmes décident de rester à la maison sous prétexte que les enseignants ne viennent pas. Et des fois, si vous les forcez à y aller, ils reviennent le soir dire qu’ils ont attendu toute la journée sans enseignants. Ça fait que quand des fois, ils décident à ne pas y aller, nous ne nous opposons plus à leur décision parce qu’ils peuvent passer toute la journée à se reposer à l’école alors que s’ils sont avec nous dans les champs, nous pouvons les surveiller et ils peuvent aussi nous aider. Parfois aussi, quand ils restent à la maison, leurs camarades passent les soirs les informer que l’instituteur était présent’’, narre tout confus, Balo N’Towoussi. « Il s’agit d’une situation très complexe. La voie qui mène du goudron jusqu’à l’école est impraticable. Et quand il pleut, c’est très difficile d’emprunter cette voie. C’est d’une part la raison qui justifie l’absence des enseignants parce qu’après la pluie, il faut attendre deux ou trois jours pour emprunter aisément cette voie. D’autre part, les cabanes qui servent de salles de classes sont délabrées. Alors, quand ils sont en classes et que la pluie commence, c’est très pénible pour les élèves et les enseignants d’y rester. Tout en étant dans les salles de classes, ils sont mouillés de la tête aux pieds à cause des toitures qui sont faites de pailles et en moindre quantité. De même, les enseignants ont de la peine à garder les enfants, craignant que la cabane branlante qui les abrite ne s’écroule sur eux. C’est un véritable dilemme qui fait qu’en saison pluvieuse, par exemple, il est préférable que les enseignants restent chez eux à cause des difficiles conditions de travail. Et donc, ça fait aussi que quand les enseignants viennent dans l’école quand le temps est beau, ils ne voient pas aussi les écoliers qui, entre temps, ont jugé ne plus venir perdre le temps à l’école à cause des absences répétées des instituteurs. C’est une cacophonie pour laquelle il ne faut pas tenir les enseignants pour responsables », raconte avec objectivité Houêdji Séwadé, un autre parent d’élève conscient de la réalité de cette école. « L’école d’Atohoué est particulière en son genre à cause de ses multiples problèmes », conclut-il.

L’EPP Atohoué dans l’arrondissement d’Aplahoué est d’une singularité inouïe. Créée pour sauver les enfants des agriculteurs, elle est bien loin de satisfaire aux exigences d’une éducation de qualité. Perdue là-bas dans les champs, elle se révèle être la concentration de tous les maux dont souffre le système éducatif béninois : manque d’infrastructures adéquates, manque d’enseignants, absentéisme des enseignants, mauvaise volonté et manque d’engagement des élèves et parents d’élève… Toutes les conditions sont réunies pour qu’on se demande si l’ODD 4 de l’agenda 2030 pourrait être atteint dans cette contrée perdue du Bénin. Atohoué révèlerait-elle le vrai visage de l’école béninoise dans son ensemble ?

EPP Atohoué, pourtant d’une grande utilité pour les enfants des agriculteurs
A Atohoué, les conditions de vie et de travail sont d’une précarité insolente et ne concourent nullement à l’instauration d’un cadre d’instruction propice. Et pourtant, il faut bien un lieu de savoir, une école pour ces nombreux enfants de parents paysans qui vivent dans cet espace géographique pour mener diverses activités champêtres. « Sans une école dans les environs, les enfants de ces fermiers n’auront aucune chance d’être instruits comme tous les enfants du Bénin », a reconnu le directeur de l’école. « Cette école est non seulement d’une grande utilité pour l’instruction de nos enfants, en dépit des conditions, mais aussi et surtout pour nous les parents. Autrefois, nous laissions nos enfants auprès des voisins ou des parents proches dans nos villages loin d’ici afin qu’ils aillent à l’école là-bas. Mais, la conséquence, c’est que nous sommes bien obligés de rentrer au village une ou deux fois par semaine pour aller s’occuper des enfants. Nul n’ignore l’obligation de la présence continue des parents aux côtés de leurs enfants de nos jours afin qu’ils puissent donner le meilleur d’eux-mêmes à l’école. Mais, compte tenu de notre absence prolongée au village à cause des travaux champêtres, l’instruction de nos enfants est négligée et bâclée et le suivi scolaire laisse à désirer. Nous remercions donc ceux qui ont œuvré pour l’implantation d’une école ici pour nous épargner des navettes sur vingt, trente, quarante et même soixante kilomètres pour certains qui veulent rentrer tous les jours au village afin de s’occuper de l’instruction de leurs enfants », a confessé, tout ému, Paulin Sobakin le président de l’Association des Parents d’Elèves de l’EPP Atohoué. Ses propos seront corroborés par un autre parent d’élève, Balo N’Towoussi, qui est aussi tout ému de la création de cette école quoique les conditions ne soient pas toutes réunies.

« La création de cette école a été d’un grand secours pour l’instruction de ses enfants. Moi, je suis d’Atomey et cela n’a pas été du tout facile pour moi avant que mon aîné n’ait le BEPC. Faire la navette entre le champ et la maison pour chaque fois subvenir à ses besoins n’était pas aisé surtout que mon absence dans le champ empiète sur le bon déroulement des activités champêtres. J’ai alors décidé de mettre un terme à l’instruction de mes autres enfants à cause des difficultés à rallier chaque fois le village et le champ et sans le champ, ma famille ne peut pas joindre les deux bouts. C’est alors que mon épouse m’a demandé de ramener les enfants avec nous au champ pour les inscrire dans cette école. Les autorités de la commune d’Aplahoué ont bien fait d’avoir créé cette école », a-t-il affirmé. A tout point de vue, ce n’est pas la pertinence de la création de cette école qui crée de problème. Mais, faut-il créer une école juste pour le plaisir d’en créer ? Quels moyens disposent les autorités qui ont favorisé cette création ?

Toutefois, il est plus responsable de reconnaître que cette école n’est pas un cas complètement isolé dans la commune d’Aplahoué.
Vivement que les autorités compétentes, à partir des autorités communales à qui les ressources de l’enseignement primaire sont affectées, prennent leur responsabilité afin que le tir soit corrigé pour ne pas écarter certains enfants du Bénin de la jouissance de leur droit à une éducation de qualité.

www.24haubenin.bj ; L'information en temps réel

17 février 2023 par La Rédaction




Du pangolin à l’éléphant, le mythe de l’ivoire et des écailles


22 avril 2024 par Judicaël ZOHOUN
Pangolins, éléphants, rhinocéros et même hippopotames pourraient (...)
Lire la suite

L’Etat alloue plus de 5 milliards FCFA aux écoles publiques


22 avril 2024 par Marc Mensah
La répartition de la subvention de l’État pour le fonctionnement des (...)
Lire la suite

La foudre tue un enfant à Bembèrèkè


22 avril 2024 par F. Aubin Ahéhéhinnou
A Bouanri, une localité de la commune de Bembèrèké, dans le (...)
Lire la suite

‘’La Sentence du Trône » saluée sur scène


20 avril 2024 par Akpédjé Ayosso
La troupe Corélias Production a présenté, mardi 9 avril 2024, au (...)
Lire la suite

Un carrefour pour les géants des industries culturelles et créatives (...)


20 avril 2024 par La Rédaction
Le Palais des Congrès de Cotonou et l’esplanade de la Place des (...)
Lire la suite

Une nouvelle forme de lavage-motos se développe à Cotonou


20 avril 2024 par Marc Mensah
Les plastiques seuls sont souvent lavés sur une moto dans la plupart (...)
Lire la suite

Le Bénin inaugure son pavillon à la Biennale de Venise


19 avril 2024 par Akpédjé Ayosso
Le Bénin est bel et bien présent à la 60e exposition internationale (...)
Lire la suite

Le déploiement de 2000 soldats béninois en Haïti se précise


19 avril 2024 par F. Aubin Ahéhéhinnou, Ignace B. Fanou
Dans le cadre de la Mission multinationale de soutien à la sécurité (...)
Lire la suite

PMU, Loto Star et Loto Fortune font 8 nouveaux millionnaires


18 avril 2024 par Ignace B. Fanou, Marc Mensah
La Loterie Nationale du Bénin (LNB S.A) a encore fait de nouveaux (...)
Lire la suite

Un homme tué dans une opération de répression


18 avril 2024 par Akpédjé Ayosso, Ignace B. Fanou
Un homme a été tué dans la soirée de ce mercredi 17 avril 2024, à PK (...)
Lire la suite

Un homme tue son ami et l’enterre chez lui


17 avril 2024 par Akpédjé Ayosso
Le corps sans vie d’un homme a été retrouvé, lundi 15 avril 2023, au (...)
Lire la suite

Un camion écrase une jeune fille sur le pont de Tokpa


17 avril 2024 par F. Aubin Ahéhéhinnou, Ignace B. Fanou
Ce mardi 16 avril 2024, une jeune fille a été tuée dans un accident (...)
Lire la suite

Il bat une jeune fille et se retrouve en prison


16 avril 2024 par F. Aubin Ahéhéhinnou
Une affaire violence basée sur le genre a été examinée à l’audience (...)
Lire la suite

Des jeunes poursuivis pour vol et recel de biens volés


16 avril 2024 par F. Aubin Ahéhéhinnou
Deux jeunes hommes ont comparu mardi 16 avril 2024, à l’audience (...)
Lire la suite

La production de l’ananas au Bénin en croissance régulière


16 avril 2024 par Akpédjé Ayosso
La production de l’ananas est en croissance régulière au Bénin selon (...)
Lire la suite

Un commissaire d’arrondissement de Cotonou limogé suite à un excès de zèle


15 avril 2024 par Akpédjé Ayosso
Pour une affaire d’excès de zèle de l’un de ses agents, un (...)
Lire la suite

Un vibrant hommage rendu à Dr Barnabé Laye


15 avril 2024 par Akpédjé Ayosso
Le médecin, poète et romancier Barnabé Laye, décédé le 3 avril (...)
Lire la suite

ANaGeM alerte sur de fausses réservations d’espace


15 avril 2024 par Marc Mensah
L’Agence Nationale de Gestion des Marchés (ANaGeM) appelle les (...)
Lire la suite




Derniers articles



Autres vidéos





Les plus populaires